13.11 [ParisAttacks] 


Vendredi 13, l'information m'arrive à la mi-temps du match de foot. Sur twitter, on parle de fusillades dans le Xe, du Carillon et du Petit Cambodge. Arrivé sur le canal Saint-Martin, Libération téléphone et cherche les photographes disposés à couvrir ce qui se passe. Mais personne ne sait véritablement ce qui se passe, en fait.
Le périmètre est bouclé et les informations commencent à circuler dans les bars du quartier, bondés. Ça discute, fume et drague encore un peu, mais sur les télés, près des tables, le foot est remplacé par BFM. Derrière les vitres des bars, les regards s'interrogent. Dans la rue, l'ambiance devient plus confuse. L'info du Bataclan circule déjà et il faut s'y rendre. Devant l'autre restaurant cambodgien du quartier, certains cherchent un accès à la rue Bichat. Approcher. Voir. Retrouver quelqu'un. Des éclats de voix, des pleurs déchirent brusquement le silence du canal et tout devient plus nerveux. En partant, une fille débarque devant mon scooter et supplie de rouler jusqu'à l'hopital. Elle est perdue. Son frère vient d'être emmené à la Pitié-Salpêtrière et on ne l'a pas laissée monter dans l'ambulance. Trois balles. Alors évidemment, elle monte et nous traversons Paris. Je l'entends prier derrière moi au milieu des ambulances qui roulent dans tous les sens. Je la dépose.
La Bastille est pleine de militaires. Des convois de 50 voitures de polices quadrillent les Halles. Les gens sortent des cinéma et se retrouvent devant 30 types avec des fusils à pompe.
Moi non plus je n'ai pas compris grand chose au film de ce soir.
Soirée absurde.

Samedi matin, dans le quartier désertique du Stade de France. Des drapeaux tricolores trainent par terre, dans le vent. La voiture d'un père et sa fille est stationnée dans le périmètre d'un kamikaze dont il ne reste plus grand chose. Lui, il pleure et elle a encore ses drapeaux de la veille peints sur les joues. Ils devront attendre pour rentrer chez eux. Avec un rédacteur du journal, on va dans le quartier Franc-Moisin, derrière le Stade, rencontrer Tarek, Sadok et les autres, parler de la soirée de la veille, dans un bar de chinois. Ils ont plein de choses à dire, mais pas trop confiance sur le résumé qu'il en sera fait.
Plus tard, à Paris, les rues sont désertes. Sur la place de la République, un haut-parleur annonce tous les quarts d'heure qu'il faut évacuer les lieux dans le calme ; les rassemblements sont interdits. Mais personne n'écoute réellement, et même la voix du haut-parleur de la police n'y croit pas vraiment. Des bougies sont allumées. Les gens sont encore sous le choc ; pour CharlieHebdo, à la même heure, la place était pleine de monde, silencieuse, belle. Devant les terrasses rue Bichat, rue de la Fontaine au roi, rue de Charonne, les bougies s'allument aussi, on rend hommage. Des gens pleurent au coin des rues, d'un seul coup. L'émotion est grande. Tout le monde est fébrile. Aux étages des immeubles, des fenêtres sont ouvertes et dans les airs, on entend Imagine de John Lennon.

Dimanche, il fait beau. Les gens réapparaissent, sonnés. Les abords du Bataclan se transforment en une étrange promenade où les parisiens affluent, veulent voir et photographient. Catharsis.
Des journalistes étrangers occupent les rues avec des énormes 4x4 qui logent leur présentatrices entre deux directs TV. Sur la place de la République, on se retrouve, plus nombreux. On chante et on rallume encore des bougies. Une énergie revient, belle et forte, jusqu'à la panique du soir qui éteint tout.
Le travail reprend péniblement lundi.
Sur la place, les gens se tiennent la main pour la minute de silence. La tour Eiffel change de couleur et John Kerry parle devant les journalistes, pendant trois minutes, puis rejoint son hôtel, sous la pluie.
Depuis vendredi soir, les gens sont tous très silencieux, fébriles, mais dignes. À l'Assemblee nationale, mardi, le débat des députés contredira tout cela.

Mercredi matin, à Saint-Denis, la police lance l'assaut de la rue du Corbillon. Tout le monde est très loin de la scène. Des militaires en treillis et armés barrent les accès aux journalistes et aux riverains. Vers 8h, les gens sont descendus dans la rue. En silence, toujours. Ceux qui habitent au plus près de la rue du Corbillon racontent les coups de feux, à 4h du matin. Et puis très vite, tout le monde à quelque chose à raconter et tout le monde habite pas très loin de l'appartement, même si personne ne sais rien d'autre que ce qu'on dit à la télé. Alors on se tait, à nouveau. Vers 11h, des policiers débarquent au milieu des badauds pour essayer de rentrer dans une église, pas loin. Ils font le tour, frappent aux portes, puis en défoncent une. Pas de curé pour ouvrir. Un doute, une suspicion. Beaucoup de gens commencent à en avoir. Mais ça fait une animation. Les journalistes filment et les gens aussi. L'assaut est fini, tout le monde s'en va.
Au Stade de France les traces des explosions d'un kamikaze sont encore visibles. Les fenêtres des bureaux voisins sont encore cassées. Cette fois, il y a du monde à l'intérieur. Certains regardent encore dehors, vides, comme si tout cela venait d'arriver.
Le lendemain, à Saint-Denis, les télévisions américaines cherchent des musulmans qui parlent bien l'anglais, pour raconter. Au Stade, une cérémonie est prévue le soir. À 17:50, il fait nuit. Il fait froid. Et il n'y a pas grand monde dans le courant d'air de l'avenue. Cinq minutes plus tard, l'endroit est rempli. Des gens avec des roses blanches, arrivés d'un seul coup. La maire de Paris a les yeux rouges pendant la Marseillaise, qu'on chante timidement. Des clients du bar du Franc-Moisin sont là, avec un mot : ils sont contents d'avoir pu parler dans un journal. Leur message est passé. La photo de l'article n'est pas représentative, ils s'en foutent et ils ont bien raison. Ce soir, les gens discutent ; certains font des blagues et n'ont plus peur de sourire. C'est bon signe.
Vendredi. Il pleut des trombes d'eau et le vitrier change la devanture de la Bonne Bière, rue de la Fontaine au Roi. On efface déjà les traces des fusillades et je ne sais pas si c'est une bonne chose.
Cent trente personnes sont mortes et trois cent autres blessées en buvant une bière ou en écoutant de la musique.
À Paris ou ailleurs, cela n'a aucun sens.


Pour Libération

http://www.liberation.fr/apps/2015/11/13-novembre-photographes-libe/

Stade de France, Saint-Denis

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Sur le Canal St-Martin, après les fusillades rue Bichat


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Le Bataclan

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Sur le Canal St-Martin, après les fusillades rue Bichat

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La Bonne Bière, rue de la Fontaine au Roi

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Rue de la Fontaine au Roi

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Le Carillon

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La place de la Bastille, vers 22h

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Aux Halles, des rumeurs de tirs, vers 23h

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Rue Bichat

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République, la panique

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Aux Halles, des rumeurs de tirs, vers 23h

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La Bonne Bière, rue de la Fontaine au Roi

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La Bonne Bière, rue de la Fontaine au Roi

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Casa Nostra, rue de la Fontaine au Roi

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Devant le Bataclan

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Le Carillon, rue Bichat

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Le Bataclan

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Le Bataclan

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Le Carillon, rue Bichat

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Place de la République

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La police, place de la République

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La Belle Equipe, rue de Charonne

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Place de la République

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John Lennon, le soir.

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Stade de France, Saint-Denis

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Saint-Denis, l'assaut de la police dans l'appartement de la rue du Corbillon

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Stade de France

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Rue de la Fontaine au Roi

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Place de la République
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Devant La Bonne Bière, rue de la Fontaine au Roi

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Place de la République

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Devant La Bonne Bière, rue de la Fontaine au Roi

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Le Carillon

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Place de la République

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Devant La Belle Equipe, rue de Charonne

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Stade de France, Saint-Denis

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Dans un bar, devant le Bataclan, le 15.11

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Devant le Bataclan, le 15.11

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Minute de silence sur la Place de la République

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Rue de la Fontaine au Roi

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Le pianiste, République

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Place de la République

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Sur la façade de la Belle Equipe


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Devant le Bataclan, Anne Hidalgo, Barack Obama et Francois Hollande


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